Retour à l'accueil
Phauto : l'actualité détaillée du Grand Tourisme en sport automobile !

Spa-Francorchamps dans le noir ! - # 142 - Le 13 mai 2010 - Info précédente

Une coupure d'électricité qui entraîne un drapeau rouge en course, c'est assez inhabituel, surtout dans un championnat mondial tel que les Le Mans Series. C'est pourtant ce qui s'est passé le dimanche 8 avril sur le circuit de Spa-Francorchamps.

C'est presque anodinement que les choses ont commencé. A 13h05, une panne d'électricité en salle de presse entraîne l'extinction de tous les écrans de contrôle et de toutes les lumières. Ce n'est pas la première fois qu'il y a une telle coupure. En général, au bout de quelques secondes, la lumière et les affichages des téléviseurs reviennent et seuls ceux qui sont à court de batterie sur leurs ordinateurs mobiles en sont pour une triste mine car ils travaillaient depuis 30 minutes sans avoir fait une seule sauvegarde. Mais ce dimanche-là, l'absence de lumière se prolonge. La salle de presse n'est pas la seule à être plongée dans l'obscurité. Tout le bâtiment et tout le circuit sont coupés du précieux courant !

A deux ou trois reprises, le courant semble rétabli mais après deux secondes, ça coupe à nouveau. Mais que fait le générateur de secours ? Les premières informations qui parviennent prêteraient à sourire ... si l'on ne se trouvait pas sur l'un des plus prestigieux circuits de course automobile au monde, le circuit de Spa-Francorchamps, un circuit sur lequel se déroule la seconde manche des Le Mans Series, une manche préparatoire pour de nombreux concurrents aux prochaines 24 Heures du Mans, avec une cinquantaine de concurrents (venus de 12 pays) en train de s'expliquer sur une épreuve de 1000 kilomètres ! Le générateur ne redémarre pas au motif que son réservoir n'aurait pas été rempli après une première coupure d'électricité survenue sur le circuit le vendredi. ... Non ?! C'est une boutade ? Malheureusement non. Le générateur de secours ne redémarre pas. Et il n'existe aucune autre solution de secours ! L'observateur de la FIA a dû noter (et apprécier !).
On pense déjà à la tête de Bernie Ecclestone si une telle mésaventure était survenue à l'occasion du Grand Prix de Formule 1 devant 650 millions de téléspectateurs. Par chance –pour la face des Belges– seule Eurosport diffuse une petite partie de la course en direct, ... justement celle durant laquelle intervient la panne. Aucune autre chaîne internationale ne diffuse des images en direct. En Belgique, seules Exqui Sport et la RTBF font du direct. La direction du circuit de Francorchamps a évité la risée planétaire !

Dans les équipes, on commence cependant à trouver la plaisanterie douteuse. Si la panne ne gêne pas le relais de ceux qui ravitaillent (l'essence est injectée sous pression, les pistolets pour les roues fonctionnent à l'air comprimé), il en est tout autrement du suivi de l'auto en piste puisque les équipes n'ont plus accès aux données de chronométrage. Toutes ne disposent d'ailleurs pas de chronographe manuel. Sans compter que les stands sont totalement plongés dans le noir, les équipes n'ayant pas de groupe électrogène destinés à pailler le manque d'éclairage du box. Une des premières victimes est l'équipe CRS Racing dont la Ferrari F430 GT #90 de Pierre Kaffer est rentrée dans son box quelques instant avant la coupure pour remplacer le radiateur avant endommagé dans une touchette.
Une fois le ravitaillement en essence; il faut recharger les réservoirs. Et là, ça se complique. Chez AF Corse, on bidouille une installation de fortune avec de l'air comprimé. Chez d'autres, on pompe. A la main.


Faire de la mécanique dans ces conditions, évidemment, ça complique la situation
(la Lola KSM s'est accrochée avec la Peugeot #2).


Chez AF Corse, on a imaginé une solution de secours à base d'air comprimé pour recharger la citerne d'essence.

A 13h32, soit 27 minutes après la panne, le drapeau rouge est présenté aux concurrents. Il n'y a plus d'électricité pour alimenter le réseau de chronométrage. Depuis la coupure d'électricité, le réseau fonctionnait sur ... batterie. Avec une autonomie de trente minutes seulement. Là, on croit rêver. Comment un système de chronométrage digne de ce nom n'est-il pas d'abord relié à un générateur et ensuite à un ensemble de batteries en cas de défaillance dudit générateur ?
Il n'y a pas que le chronométrage ou l'éclairage qui soit défaillant, mais aussi l'alarme pour prévenir l'entrée des concurrents dans la pitlane (encore un système dont on aurait pu s'attendre à ce qu'il soit au moins sur un système de batteries), la communication avec les postes de commissaires, les caméras de surveillance et de télévision, les ascenseurs dans les bâtiments, l'éclairage des boxes, ... et tout ce qui fonctionne à l'électricité. Tout dépend d'un seul et unique générateur de secours ... Ce qui au final fait quand même beaucoup pour un seul générateur quand on voit le nombre de bâtiments à alimenter !
Là où la situation paraît plus incompréhensible, c'est que quand on circule à travers le circuit, on remarque aisément plusieurs groupes électrogènes d'une certaine taille. Il y en a un au dos du bâtiment F1, au bord de la terrasse qui surplombe le paddock. Il en existe un autre sous un auvent bétonné au début de l'ancienne ligne de stands, avant la tour Uniroyal. Il y en a un autre encore à l'entrée du tunnel pour entrer sur le circuit au pied de la tour Uniroyal. A quoi servent donc ces divers groupes ?

Le plus étonnant, c'est que si sur place, on ne sait rien, y compris dans la salle de presse, les internautes français qui suivent la course en direct sur le site Peugeot-Sport reçoivent régulièrement des informations. Ainsi alors qu'en salle de presse, on est incapable d'émettre ou de recevoir la moindre information relative à ce qui se passe en piste entre 13h05 et 13h32, le site Peugeot Sport affiche des infos relatives aux Peugeot et aux Audi à 13h11, 13h23 et 13h26. Puis : "13:34:36 : Des problèmes techniques depuis Spa-Francorchamps perturbent le Live de la course. Veuillez nous en excuser."
Les responsables du circuit belge devraient peut-être prendre quelques conseils (éclairés, évidemment !) auprès du service communication de Peugeot qui a su ne pas perdre le contact avec ses supporters !
Du circuit de Spa, les infos continuent d'arriver aux internautes français :
"13:43:08 : La course est interrompue suite à des coupures d'électricité à répétition dans la région de Spa.
"13:57:38 : La course est toujours interrompue. Plus de précision à venir."
...

Les autos sont donc alignées à la queue-leu-leu dans la ligne droite de départ. Les pilotes doivent rester au volant. Sauf que l'arrêt des autos semble avoir été mené en dépit du bon sens. La Spyker de Peter Dumbreck se trouve d'abord bloquée dans la pitlane sans pouvoir en ressortir. Quand les autos repartiront, la Spyker devra attendre que le safety-car ait libéré le peloton de toutes les voitures. Résultat, un tour dans la vue pour l'auto. Et toutes chances de bien figurer envolées !
Une seconde auto va aussi être bloquée dans la pitlane : la Peugeot #2 de Frank Montagny. Mais pour elle, c'est plutôt un coup de chance que cette coupure d'électricité. En effet, la #2 a été victime d'un accrochage en piste et il a fallu que les mécaniciens interviennent. Ils ont pu intervenir alors que les autos étaient arrêtées. Ce qui fait que la #2 a perdu moins de temps sur les leaders que ce qui aurait été le cas si la course n'avait pas été interrompue.


A l'image de Peter Dumbreck, les pilotes attendent dans leurs autos, sans aucune information.


"J'attends, tu attends, il attend..." façon commissaires de piste.

Un autre concurrent se plaint de la façon dont les autos ont été arrêtées, le pilote de la Porsche Imsa Performance #76 : "Ils ont bloqué le peloton à partir de certaines voitures. Les autres, qui se situaient devant, on donc pu faire un tour de plus. C’est ainsi que nous avons perdu un tour sur les leaders ! Il y avait une certaine confusion. Certaines équipes en ont même profité pour réparer leur voiture, ce qui en a étonné plus d’un." explique Raymond Narac, le pilote au volant de la Porsche 911 GT3 RSR lors de la sortie du drapeau rouge.
Quand on regarde les autos arrêtées dans la ligne droite des stands, on a en effet du mal à comprendre : la première auto arrêtée est une LMP2, suivie d'une des Ford Matech, la #60, et d'une Porsche, la #93 du JWA Racing. Pourquoi la première auto stoppée n'a t'elle pas été la Peugeot de tête ? Les Peugeot et Audi du Top 5 se trouvent en effet dans le milieu de la file des autos stoppées.


On attend, les bras croisés, que ça se passe ... Pesant le silence qui baigne alors le circuit de Spa !


Les autos parquées dans la ligne droite, avec le leader, la Peugeot #1, au beau milieu du peloton (devant l'Aston DBR9).

En l'absence d'information, les minutes durent longtemps. Une course de 1000 km arrêtée au drapeau rouge durant presque une heure, il faut revenir à l'édition des 1000 km de Spa-Francorchamps 2006 quand un terrible accident après le départ avait rendu inutilisable la piste (un tête-à-queue au sommet du Raidillon de la Protran de Kevin McGarrity au milieu du peloton provoque un terrible carambolage impliquant cinq voitures).
On a déjà vu à Spa des courses arrêtées au drapeau rouge, mais à cause de circonstances exceptionnelles. Des trombes d'eau en 2008 par exemple qui avaient noyé la piste au bas du Raidillon, ou des accidents nécessitant de gros moyens pour nettoyer la piste, tel une course de Dutch Supercar arrêtée au drapeau rouge après un terrible carambolage au sommet du Raidillon en 2007 ou encore après un accident impliquant un safety-car en 2008. Mais pour une panne électrique, jamais encore. Surtout à un tel niveau de compétition.
"A Spa, il se passe toujours quelque chose" dit le slogan du circuit. D'ailleurs le week-end précédent les 1000 km Le Mans Series, suite à un problème technique durant la procédure de départ, la direction de course a pris la décision de stopper au drapeau rouge et annuler la première course de la saison d’Eurocup Megane Trophy ...

La situation est exceptionnelle et ubuesque. Les équipes ne peuvent aller voir les pilotes. Situation assez particulière car personne ne peut recevoir d'informations de la direction du circuit et de la course. Et le public (environ 18.000 personnes) a vu disparaître les autos de la piste sans rien comprendre ... puisque les hauts parleurs sont coupés.
Le directeur du circuit, Pierre Alain Thibaut, fait profil bas à la RTBF le lundi matin : "L'explication est d'ordre technique, il y a eu un problème dans une cabine électrique. En principe, les groupes électrogènes doivent prendre le relais immédiatement et ça n'a pas marché. Evidemment, on n'est pas fiers, on doit des excuses à tout le monde."

Une explication est donnée par le journal belge La Dernière Heure dans son édition du 11 mai 2010 : "Pierre-Alain Thibaut (...) avait été mis en garde par les organisateurs après une première alerte la veille. Un groupe électrogène du double de puissance de celui de réserve du circuit avait été loué par Pierre Delettre [l'organisateur], mais il a été mal branché et n’a pas pris le relais ..."


Autant de monde et un tel silence. Comme cela paraît surréaliste !


A 13h50, l'électricité revient. Après quelques minutes, le haut parleur annonce que l'électricité est revenue. Mais on ne sait toujours rien de la course proprement dite.


De l'électricité, mais aucune info. "J'attends, tu attends, il attend..." façon Matech Compétition (Ford #60 et #61).


"J'attends, tu attends, il attend..." façon Team Schnitzer (BMW #78 et #79)

A 13h55, il est annoncé une prochaine reprise de la course. Une procédure de 10 minutes, pour redémarrer les autos, est lancée. Les autos vont repartir sous régime de safety-car. Les mécaniciens sont autorisés à entrer sur la piste pour redémarrer les autos dont les pilotes n'ont pas quitté les baquets.


Les mécaniciens sont simplement autorisés à redémarrer les autos.


A 14h08, les autos repartent derrière le safety-car. Dans le clan Spyker, on fait grise mine. Quand la course repart, la Spyker ne peut quitter les stands que quand le safety-car a quitté la piste, ce qui fait que l'auto va, en conséquence, écoper d'un tour de retard sur toutes les autres autos du GT2 et de ce fait être éliminé des premières places de la catégorie !
Ce qui est étonnant aussi, c'est que les concurrents repartent derrière le safety-car. Mais le safety-car se place devant la première auto arrêtée et non devant le leader de la course. Quand bien même il l'aurait fait, en cas de drapeau rouge avant l'accomplissement de 75% de la distance prévue, cela aurait dû être une procédure de redépart avec des autos remises dans l'ordre où elle étaient dans le dernier tour avant le drapeau rouge. Ce qui ainsi aurait notamment évité de favoriser la Porsche Felbermayr Proton #77 qui s'est retrouvé créditée d'un tour supplémentaire sur toutes ses concurrentes.
La course reprend donc ses droits à 14h16. Mais ce ne sera ni une course de 1000 km, ni vraiment une course de six heures car le chronomètre n'a pas été arrêté durant l'interruption de la course ! Quoiqu'il arrive, le drapeau à damier sera abaissé à 17h30, au terme de six heures ... après le départ.


Les mécaniciens ne sont autorisés qu'à aider au redémarrage de l'auto.


Retour en haut de page Toutes les informations relatives au FIA-GT sont en direct sur Les actualités en direct sur Twitter

Phauto.fr/biz est un site d'informations sportives automobiles dédié aux championnats GT (FIA GT1 World Championship, FIA GT2 European Championship et FIA GT3 European Championship), au championnat GT4, au championnat français FFSA-GT3, au championnat belge Belcar (ex Belgian GT) et au GT en Le Mans Series. Toutes les photos, informations et textes de ce site sont soumis à copyright. Toute reproduction, par quelque procédé que ce soit, sans l'accord formel de son ayant-droit est strictement interdite. Ce site privilégie la qualité des images, certaines pages peuvent donc être longues à charger. Merci de votre compréhension. Conception et copyright : Thierry Birrer/La Cursive 2005-2010 - Rédacteur en chef : Thierry Birrer. Photographe : Thierry Birrer. Ce site est un site d'information. Vous disposez d'un droit de rectification sur les données vous concernant en écrivant à contact@phauto.info - Ce site a fait l'objet d'une déclaration à la CNIL (numéro 1199587). Phauto est une marque européenne déposée à l'INPI.

Photographs presented on this website are the copyrighted works of their respective owners. These images may not be reproduced or transmitted in any form or by any means, mechanical or electronic, including but not limited to print, video and the Internet, without written permission from the concerned photographer.