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Une coupure d'électricité qui entraîne un drapeau rouge en course, c'est assez inhabituel, surtout dans un championnat mondial tel que les Le Mans Series. C'est pourtant ce qui s'est passé le dimanche 8 avril sur le circuit de Spa-Francorchamps. C'est presque anodinement que les choses ont commencé. A 13h05, une panne d'électricité en salle de presse entraîne l'extinction de tous les écrans de contrôle et de toutes les lumières. Ce n'est pas la première fois qu'il y a une telle coupure. En général, au bout de quelques secondes, la lumière et les affichages des téléviseurs reviennent et seuls ceux qui sont à court de batterie sur leurs ordinateurs mobiles en sont pour une triste mine car ils travaillaient depuis 30 minutes sans avoir fait une seule sauvegarde. Mais ce dimanche-là, l'absence de lumière se prolonge. La salle de presse n'est pas la seule à être plongée dans l'obscurité. Tout le bâtiment et tout le circuit sont coupés du précieux courant ! A deux ou trois reprises, le courant semble rétabli mais après deux secondes, ça coupe à nouveau. Mais que fait le générateur de secours ? Les premières informations qui parviennent prêteraient à sourire ... si l'on ne se trouvait pas sur l'un des plus prestigieux circuits de course automobile au monde, le circuit de Spa-Francorchamps, un circuit sur lequel se déroule la seconde manche des Le Mans Series, une manche préparatoire pour de nombreux concurrents aux prochaines 24 Heures du Mans, avec une cinquantaine de concurrents (venus de 12 pays) en train de s'expliquer sur une épreuve de 1000 kilomètres ! Le générateur ne redémarre pas au motif que son réservoir n'aurait pas été rempli après une première coupure d'électricité survenue sur le circuit le vendredi. ... Non ?! C'est une boutade ? Malheureusement non. Le générateur de secours ne redémarre pas. Et il n'existe aucune autre solution de secours ! L'observateur de la FIA a dû noter (et apprécier !). Dans les équipes, on commence cependant à trouver la plaisanterie douteuse. Si la panne ne gêne pas le relais de ceux qui ravitaillent (l'essence est injectée sous pression, les pistolets pour les roues fonctionnent à l'air comprimé), il en est tout autrement du suivi de l'auto en piste puisque les équipes n'ont plus accès aux données de chronométrage. Toutes ne disposent d'ailleurs pas de chronographe manuel. Sans compter que les stands sont totalement plongés dans le noir, les équipes n'ayant pas de groupe électrogène destinés à pailler le manque d'éclairage du box. Une des premières victimes est l'équipe CRS Racing dont la Ferrari F430 GT #90 de Pierre Kaffer est rentrée dans son box quelques instant avant la coupure pour remplacer le radiateur avant endommagé dans une touchette.
A 13h32, soit 27 minutes après la panne, le drapeau rouge est présenté aux concurrents. Il n'y a plus d'électricité pour alimenter le réseau de chronométrage. Depuis la coupure d'électricité, le réseau fonctionnait sur ... batterie. Avec une autonomie de trente minutes seulement. Là, on croit rêver. Comment un système de chronométrage digne de ce nom n'est-il pas d'abord relié à un générateur et ensuite à un ensemble de batteries en cas de défaillance dudit générateur ? Le plus étonnant, c'est que si sur place, on ne sait rien, y compris dans la salle de presse, les internautes français qui suivent la course en direct sur le site Peugeot-Sport reçoivent régulièrement des informations. Ainsi alors qu'en salle de presse, on est incapable d'émettre ou de recevoir la moindre information relative à ce qui se passe en piste entre 13h05 et 13h32, le site Peugeot Sport affiche des infos relatives aux Peugeot et aux Audi à 13h11, 13h23 et 13h26. Puis : "13:34:36 : Des problèmes techniques depuis Spa-Francorchamps perturbent le Live de la course. Veuillez nous en excuser." Les autos sont donc alignées à la queue-leu-leu dans la ligne droite de départ. Les pilotes doivent rester au volant. Sauf que l'arrêt des autos semble avoir été mené en dépit du bon sens. La Spyker de Peter Dumbreck se trouve d'abord bloquée dans la pitlane sans pouvoir en ressortir. Quand les autos repartiront, la Spyker devra attendre que le safety-car ait libéré le peloton de toutes les voitures. Résultat, un tour dans la vue pour l'auto. Et toutes chances de bien figurer envolées !
Un autre concurrent se plaint de la façon dont les autos ont été arrêtées, le pilote de la Porsche Imsa Performance #76 : "Ils ont bloqué le peloton à partir de certaines voitures. Les autres, qui se situaient devant, on donc pu faire un tour de plus. C’est ainsi que nous avons perdu un tour sur les leaders ! Il y avait une certaine confusion. Certaines équipes en ont même profité pour réparer leur voiture, ce qui en a étonné plus d’un." explique Raymond Narac, le pilote au volant de la Porsche 911 GT3 RSR lors de la sortie du drapeau rouge.
En l'absence d'information, les minutes durent longtemps. Une course de 1000 km arrêtée au drapeau rouge durant presque une heure, il faut revenir à l'édition des 1000 km de Spa-Francorchamps 2006 quand un terrible accident après le départ avait rendu inutilisable la piste (un tête-à-queue au sommet du Raidillon de la Protran de Kevin McGarrity au milieu du peloton provoque un terrible carambolage impliquant cinq voitures). La situation est exceptionnelle et ubuesque. Les équipes ne peuvent aller voir les pilotes. Situation assez particulière car personne ne peut recevoir d'informations de la direction du circuit et de la course. Et le public (environ 18.000 personnes) a vu disparaître les autos de la piste sans rien comprendre ... puisque les hauts parleurs sont coupés.
A 13h55, il est annoncé une prochaine reprise de la course. Une procédure de 10 minutes, pour redémarrer les autos, est lancée. Les autos vont repartir sous régime de safety-car. Les mécaniciens sont autorisés à entrer sur la piste pour redémarrer les autos dont les pilotes n'ont pas quitté les baquets.
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