Fin novembre 2009, avec force communication, un nouveau team, Phoenix Corse (venu de Tenerife, îles Canaries, mais ultérieurement basé à Alès en France), annonce l'engagement, sur le long terme, de deux Maserati MC Gran Turismo. L'affaire semble sérieuse puisque l'équipe annonce viser le titre dès 2010, avec en sus une participation en GT4 aux 24 Heures de Spa-Francorchamps 2010. Pourtant l'affaire retombe aussi soudainement quand l'équipe annonce début 2010 qu'elle abandonne le projet GT4 pour se concentrer sur un engagement en LMS en 2011.
Une équipe inconnue qui s'engage fortement en GT4 pour deux mois plus tard se retirer et annoncer un engagement en Le Mans Series en 2011, cela mérite que l'on approfondisse un peu. Alors coup de bluff ou réalité ?
L'histoire de Phoenix Corse commence à la mi-novembre 2009 quand la rubrique "petites annonces" du site de l'organisateur du championnat français d'endurance, VdeV, publie une petite annonce. Le 19 novembre, Phoenix Corse indique disposer de deux volants en 2010 en GT4 European Cup et en série VdeV sur une Maserati Gran Turismo MC (voir l'annonce).
Phoenix Corse adresse fin novembre par la voix de Peter Collins une annonce à la FFSA concernant le recrutement de six mécaniciens et deux chefs mécaniciens, annonce que la Fédération Française place sur son site et qui est toujours en ligne à ce jour (voir ici, ou ici pour la sauvegarde). En résumé, fin novembre, Phoenix cherche ses pilotes et ses mécaniciens pour une voiture.
Visiblement, ces annonces portent leurs fruits puisque au tout début décembre, l'équipe jusqu'alors inconnue s'affiche sur une très longue page sur Wikipédia avec un programme nettement plus étoffé : le titre en GT4 avec maintenant deux autos engagées et une particpation aux 24 Heures de Spa 2010. Mais début décembre 2009, le 3 à 20h50 pour être précis, la page Wikipedia est totalement supprimée au motif "Contenu promotionnel". Nous avons gardé l'intégralité de cette page aujourd'hui disparue (elle peut être lue ici).
Cette page passe, comme deux semaines plus tôt l'annonce sur le site VdeV, totalement inaperçue, ce d'autant qu'elle n'y reste pas longtemps. Elle est cependant intéressante à plus d'un titre. Quoique très détaillée sur de très nombreux chapitres, à aucun moment le nom du team-manager de l'équipe, dont on a par ailleurs un descriptif très complet, n'apparait. Une adresse est bien indiquée en bas de document, mais une adresse aux Iles Canaries et ... sans nom.
Dans ce CV de l'équipe Phoenix Corse posté sur Wikipedia, le team manager est très précis sur son parcours professionnel. Enfin pas tant que ça quand même parce que pour l'identifier, c'est ... assez compliqué. Il cite tout un tas de noms de pilotes en Belgique notamment Eric Qvick, Benoît Galand, Marc Duez, mais certains des intéressés ne voient pas de qui il s'agit !
Quand au pilote titré en Angleterre dont il dit avoir été le team-manager, un certain Geoff Coock couronné en BMW Kumho Championship, il n'existe pas sous cette orthographe. Il existe néanmoins bien un pilote du nom de Geoff Cook ... mais décédé au début 2005. A sa mémoire, un "Geoff Cook Memorial Trophy" a été créé en Angleterre. Pas facile de trouver notre homme donc de l'autre côté de la Manche, ni dans les souvenirs quand autant d'années ont passé. Pourtant, Kevin, un pilote britannique résidant à Northampton et ayant couru avec Geoff Cook dans les années 2003-2004 (il l'a même sponsorisé), indique que Geoff n'avait aucun manager (personne n'en a dans ce championnat amateur). Et qu'il n'a jamais surtout gagné le championnat. Troublant !
Questionné à ce sujet, l'auteur de ces lignes répond brièvement : "Oui, c'est bien de moi qu'il s'agit." Dans ce cas pourquoi ne pas avoir directement écrit son nom ? Discrétion, certes, mais de là à broder une histoire, il y a un pas ... que l'auteur a franchi sans hésiter.
Après l'envoi de ses annonces à la FFSA et la page Wikipédia, Cédric Laurent adresse un communiqué au site spécialisé en sport-automobile Endurance-Info. Le premier à rédiger une brève à partir du communiqué de Phoenix Corse est donc logiquement Endurance-Info le 5 décembre 2009 (à lire ici). Un élèment nouveau apparaît : une simulation de 24 Heures sera organisée sur le circuit de l'Algarve. A ce jour, seules des équipes comme Oreca, Peugeot ou Audi procèdent à de tels tests.
Mais qui est ce dénommé Cédric Laurent (car c'est de lui dont il s'agit) dont le nom est inconnu au petit monde du FIA-GT ?
Finalement, après quelques recherches (Google est un impitoyable bavard ...), un peu de clarté vient rendre la chose un peu plus lisible. Derrière Phoenix Corse, il y a surtout le Belge Cédric Laurent, 30 ans cette année. Le concernant, la réalité est un peu moins glorieuse que la page promotionnelle Wikipédia.
Après avoir quitté l'armée (12ème de Ligne à Spa), Cédric Laurent retape durant quelques temps des BMW à Liège en Belgique. Il travaille sous l'appelation Kentpower Engineering, avec une multitudes d'autres noms commerciaux (Kentpower Parts, Kentpower Events, Kentpower Rennsport et Kentpower Rallye). Mais d'après le Moniteur Belge, Kentpower est le nom d'une association sans but lucratif qui a pour objet la promotion du sport automobile en général et dans laquelle Cédric Laurent n'apparaît à aucun titre. Il semblerait aussi que Kentpower Rennsport soit aussi une ASBL. Dans ce garage, Cédric Laurent refait notamment d'anciennes gloires des 24 Heures de Spa Tourisme et il en fait part sur divers forums de passionnés de voitures anciennes, dont le site français Forum-Auto. L'une de ces autos, la BMW 530i Gr.A ex Eggenberger championne d'Europe en 1982, se présente aux BMW Days à Spa en juillet 2007. On retrouve aussi Benoît Galand au Young Timer Trophy de Spa en août 2006 sur une auto de ce garage, puis Marc Duez sur la même au Nürburgring en septembre 2006.
Cédric Laurent participe en 2008 au Belcar Historic Sprint (en Belgique), en tant que manager d'une BMW 528i au pare-soleil siglé Kentpower Rennsport. L'auto a déjà été vue à la montée historique du Maquisard en 09/2007. D'après Classic Drivers, cette auto serait toujours à vendre 65.000€, mais le vendeur, Kentpower, est injoignable. Trois autres autos du garage liégeois sont présentes à cette montée, dont une seconde BMW confiée aux mains expertes de Marc Duez et Benoît Galand. Mais tout ceci manque visiblement de power et Cédric Laurent cesse ces activités pour Phoenix.
Ci-dessous une photo datant de mai 2007 de la BMW 528i Gr.A dans l'atelier Kentpower.

En mai 2009, Cédric Laurent annonce sur son blog Skyrock la naissance de sa nouvelle structure, le Phoenix Motorsport Technic qui va engager en historique deux Porsche en Allemagne pour ... le titre dans sa catégorie (voir ici). Tiens, tiens ... des termes repris six mois plus tard dans le communiqué adressé à la presse spécialisée en GT4.
Le Phoenix Motorsport Technic ne survit malheureusement pas plus de six mois et laisse sa place au Phoenix Corse qui recherche d'abord des pilotes, puis des mécaniciens avant d'être candidat au titre GT4. Pourtant, comment prétendre au titre GT4 European Cup quand il n'y a pas eu plus de titre en Allemagne qu'il n'y en a eu en Belcar ?
Début décembre pourtant, à partir du moment où des sites aussi sérieux qu’Endurance-Info ont publié l’info, beaucoup d’autres la reprennent sans vérifier quoique ce soit.
L'information tourne alors en boucle sur le net, chacun reprenant l'autre sans savoir qui copie sur qui, quoique Endurance-Info soit la source de très nombreux medias. Tel le site CorsicaNova.com qui visiblement doit réagir au vocable "Corse" dans le nom de cette nouvelle équipe : il édite le 8/12 un lien direct vers le texte d’Endurance-Info. Piégé aussi, le belge SpeedActionTV. Le pourtant méfiant Vincent Franssen publie le communiqué le 7 décembre (ici). Or SpeedAction est un media très lu en Belgique. L'info circule alors sur de nombreux forums outre-Quiévrechain.
Une dizaine de jours plus tard, c’est le très officiel site du GT4, développé par son organisateur, SRO, qui publie l’information. La première partie est une reprise du communiqué et la seconde une interview de Cédric Laurent. Le tout a été traduit en anglais (lire ici).
A la question "Avez-vous déjà couru auparavant ?", il est dommage que le journaliste n'ait pas approfondi la réponse : "2010 est notre première saison, mais chaque membre de l'équipe a plusieurs années d'expérience que ce soit en F1, FIA-GT ou encore les 24 Heures du Mans, de Spa ou du Nürburgring au sein d'équipes de haut niveau". Le fil Twitter GT4 reprend évidemment l'info en deux lignes.
A partir du 16 décembre, sur la base des publications du GT4 et d'Endurance-Info, c’est à nouveau une reprise à tout va de l’engagement de ces deux Maserati Gran Turismo en 2010, tant en France qu’à l’étranger. On peut alors lit des extraits du communiqué en anglais sur AutomobilSport.com (ici). Canary Island News reprend l'info (ici en anglais) le 17. Il est d'ailleurs surprenant qu'un site d'info généraliste qui traite des informations relatives à Tenerife ne se pose pas plus de questions quand il publie : "The team's goal is clear : to promote the Canary Islands in Europe". D’autant qu’il indique un nom de contact français. Dans une île où l’on parle principalement espagnol et anglais, cela aurait dû tout de même faire réagir le rédacteur.
Dès la mi-décembre, le communiqué est publié près de 70 fois en français, en anglais, en espagnol, en allemand ou en italien mais sans que quiconque ne vérifie jamais rien. Ce qui est quand même un relatif comble pour des sites censés faire d’abord de l’information.
Le 23 décembre, Cédric Laurent ouvre un blog (ici) sur le serveur BlogSpot.com. Enfin trois blogs puisqu’il y a une version espagnole, française et anglaise. Aucune nouvelle information n’est délivrée. Mais on peut y voir le logo de l’écurie Phoenix avec la mention "Racing with Maserati" (ici) .
Avec retard, le 29 décembre, Caradisiac reprend l'info (ici). Mais toujours sans rien avoir vérifié. Celui qui se définit comme "premier site d'info automobile" n'est pas le premier en terme de vérification ... D'autant qu'à cette date, Google offre toujours en cache la page disparue de Wikipédia. Le rédacteur de Caradisiac met en exergue une partie du communiqué : "Notez que le Phoenix Corse compte 21 membres lesquels bénéficient pour la plupart d’une expérience en Formule 1, en FIA GT ou dans de nombreuses courses de 24 Heures (Le Mans, Spa, Nürburgring). De quoi mieux comprendre leurs objectifs."
Mais le rédacteur a t'il seulement lu cette liste ? Car la liste des 21 membres fournie par Phoenix Corse, certes très précise, ne l’est cependant pas tant que ça ! Il n'y a d'ailleurs que 16 personnes puisque 5 sont censées être les pilotes.
Chaque poste est détaillé, mais toujours sans aucun nom, ni pour le team principal, ni pour le team manager, ni pour le chef mécanicien. Certaines phrases prêtent même à sourire. On y lit, par exemple pour le chef mécanicien : "il connaît la voiture par coeur". Sauf que Phoenix Corse n'a jamais reçu les deux Maserati Gran Turismo. Il ne les a semble t'il jamais commandées ni eu de contact avec le constructeur (d'après Maserati Corse en Italie). Une Maserati Gran Turismo a été engagée avec Lorenzo Casé en GT4 l'an passé. A moins que le chef mécanicien ne soit le responsable de Lorenzo Casé, on voit mal comment il pourrait connaître "par coeur" cette nouvelle auto qui fait ses début cette année dans le Maserati Trofeo GranTurismo MC.
Le rôle du portier est aussi détaillé : "il vérifie les pass et les entrées au niveau de notre hospitality". Bon, d'un autre côté, on n'a jamais demandé au portier de vérifier la télémétrie ou la pression des pneus !
Mais quand même, tant de description sans jamais un seul nom, ce n'est pas un peu bizarre ? L'auteur de ces lignes, qui semble avoir réponse à tout, ne se désarme pas : "Pour le moment, la composition de notre équipe est encore confidentielle. Nous ne tenons pas à faire trop de bruit. (...) J'espère que vous comprendrez notre discrétion." Oui, enfin ... Les toutes aussi discrètes USF1 ou Campos F1 sont tout de même un peu plus bavardes.
Dans les 24 heures suivantes, la brève publiée par Caradisiac est reprise par un nombre ahurissant de pseudo médias, tel AutomoVox.fr, Autoshopitalia.com, Bligg.fr, Blogbabel.it, BlogCatalog.com, Brends-news.eu, Cozop.com, Diggita.it, EblogNetwork.com, GranCanariaNet.com, InTopic.it, MotorSeries.fr, NewsPeg.com, Sport.Liquida.it, Sports-Blog.it, Swiv.eu (qui est le seul sur le web à préciser que Phoenix Corse n'a aucun lien avec le Phoenix Racing du FIA-GT3), Visez.com, Webl.com, Wikio.fr, Wikio.it, … et ce dans diverses langues. On retrouve même cette information sur le site chinois Coojin.com !
Il est d'ailleurs étonnant de voir autant de sites identiques qui n'apportent strictement rien en terme d'information ou de mise en page. Stop & Go en remet une couche (en italien) le 30/12 en citant à nouveau Cédric Laurent, mais ce n’est qu’une reprise de ce qui a déjà été dit.
Plus étonnament, le site Endurance Magazine est, le 5 janvier 2010, un peu plus bavard (lire ici) mais il s'agit toujours d'une reprise du communiqué. Pourtant une des phrases du communiqué n’est pas habituelle : "Nous aurons sans doute près de 20 journées d’essais sur les circuits où la série va se rendre en 2010." A ce jour, aucun team du GT4, comme du GT3 d’ailleurs, n’a jamais programmé un tel programme d’essais, par ailleurs fort coûteux. Ce détail, qui n’en est pas un, n’a pourtant pas éveillé les soupçons du rédacteur. D'autant que depuis le 5 décembre, on n'a strictement rien appris de plus sur cette écurie Phoenix Corse.
Motors TV diffuse à son tour le 6 janvier, sans le remanier, le communiqué de Cédric Laurent (ici). Là, c'est étonnant que rien n'ait été vérifié : Motors TV est un acteur majeur dans le FIA-GT. Le lecteur/téléspectateur est en droit d'exiger plus de sérieux dans la publication des rédactionnels. Sans vouloir toujours mettre en doute la bonne foi des communiqués reçus, il est quand même facile de vérifier deux ou trois points qui auraient pu entraîner certaines réserves quant à la rédaction de l'information. Jusqu'à preuve du contraire, Motors TV n'est pas un chargé de communication au service des équipes mais un média d'information.
Le 25 janvier 2010, pour une raison inconnue, Italiaspeed.com reprend toute l'information en italien (ici). Avec une réelle mise en page, trois photos (mais issues du service presse Maserati) et une présentation qui laisse à penser que le manager a été interviewé. Il ne s'agit pourtant que du contenu du communiqué de décembre 2009.
Le 8 février 2010, Endurance-Info publie un nouveau communiqué de Phoenix Corse (ici). Et là surprise, Phoenix Corse qui disait avoir un chef mécanicien au top sur les Maserati Gran Turismo en GT4 abandonne tout et se lance en LMP2 Hybrid en LMS ! Ouh là, c'est que les Le Mans Séries et le GT4, c'est comme une 599 XXX et une Clio Cup : ça a toujours quatre roues mais ça ne joue pas du tout dans le même registre !
D'après l'auteur des lignes, ce changement de cap se ferait en accord avec les partenaires : "Quand on en a discuté avec nos différents sponsors et partenaires, on s’est rendu compte que c’était un petit peu bête de dépenser, entre guillemets, de l’argent bêtement pour viser le GT4 alors que l’on pouvait déjà prendre de l’avance et passer directement au projet LMS qui est un projet comme nous avions déjà. Cette année-ci, nous devions faire le GT4 et l’année prochaine le LMS et la World Serie Radical et on s’est dit « OK, on abandonne carrément le GT4 pour se lancer à fond en Le Mans Series et notre projet pour le Mans et la World Serie Radical. » !"
Et comme la première fois, les mêmes reprennent le texte d'Endurance-Info sans se poser plus de questions. Si on peut reprocher à Endurance-Info de ne pas s'être posé plus de questions, toute la chaîne d'information du sport automobile n'est pas plus responsable. Un inconnu qui passe du GT4 au LMS, ça n'est quand même pas habituel. Et en sus, les sites spécialisés sur Le Mans reprennent l'info, tel le Portugais LeMansPortugal.com (ici). L'info passe bien évidemment aussi sur Facebook, grâce au site portugais.
Comme personne ne se pose de questions, Phoenix Corse aurait tort de s'arrêter en si bon chemin. A une questions visant à valider ce qu'ils annoncent depuis deux mois, Cédric Laurent répond le 15 février : "En plus, nous disposerons de deux SR3 dans le Radical World Championship, celle-ci étant notre Junior Team. Les pilotes de ces voitures participant également au essais, simulations et dévelopement sur les voitures du LMP2."
Quatre noms de pilotes sont donnés : l'Allemand Valentin Hummel (pilote FIA-GT3 l'an passé), le Finlandais Niko Nurminen (vu en Belgian GT divison 3 en 2008, mais que Cédric Laurent présente comme le champion de la catégorie ...), le Finlandais Mikko Heino (en Dutch GT4 en 2009) et l'Espagnol Javier Sosa (sur une Porsche GT3 en Spanish GT en 2004 et champion sur circuit des Iles Canaries en 2008). Cédric Laurent écrit même : "En ce qui concerne le Junior Team nous avons déja confirmé les pilotes."
Valentin Hummel confirme cependant le 17 février que ... rien n'est confirmé. "Oui, je suis en contact avec Phoenix Corse, mais je n'ai rien signé. Nous avons l'intention de travailler ensemble, mais il n'y a rien de défini et nous sommes toujours en discussion. Evidemment que je serai content de conduire en LMS avec Phoenix Corse. Mais avant tout chose, il me faut organiser 2010. Je ne sais même pas où je conduirai cette année ! Et je ne sais rien au sujet d'autres pilotes (avec cette équipe.NDLR)."
De son côté, Niko Nurminen indique le même jour : "J'ai bien été contacté par Phoenix Corse et nous devons travailler ensemble, mais c'est tout ce que je peux dire pour le moment. Je ne peux rien dire au sujet du championnat.". Le Finlandais Miko Heino nous écrit le 19 : "J'ai bien été contacté par Phoenix mais je n'ai rien contracté avec eux à ce jour." Le pilote finlandais n'a pour l'instant d'assurée qu'une place en Belgium Clio Cup avec le Madeno Racing, et ce pour au moins quatre courses du championnat.
Cédric Laurent s'avance donc énormément en écrivant que les pilotes sont confirmés dans la mesure où trois d'entre eux n'ont rien confirmé du tout.
Bon, alors exit le GT4 pour le LMS avec Le Mans comme objectif, après avoir affirmé haut et fort que tout état bouclé pour le GT4. Et maintenant en sus un Junior Team de deux autos en REM. Cédric Laurent, joint par téléphone aux Canaries la semaine passée, a bien voulu répondre.
-. Aller en LMS, c’est quand même un gros gros défi, non ?
"Ici, au niveau de la structure du team, nous avons des ingénieurs supplémentaires qui viennent déjà du LMS. Certains sont fournis par le constructeur et il y en a d’autres qui viennent d’un team de F1."
-. Mais au niveau du châssis, vous avez quand même une idée puisque vous parlez de développer en hybride ?
"Oui, oui, tout à fait ! Tout est déjà défini puisqu’on travaille déjà avec le constructeur. On sait en terme de moteur. On a déjà le moteur. On travaille au niveau de la soufflerie pour faire certaines évolutions aérodynamiques. On a acheté des châssis de base sur lesquels on fait déjà maintenant des évolutions dans les limites du règlement et d’après les bribes que l’on a et que le constructeur a au niveau des réglementations pour 2011."
-. Et peut-on savoir quel est ce moteur, sa marque, ce type de châssis ?
"Non ! Pas pour l’instant. Ce sont des accords de confidentialité que l’on a avec nos partenaires. Ce sont des grands noms de l’endurance qui ont bien fait leurs preuves au niveau du Mans depuis de très nombreuses années et ça va être une sorte de retour de ces deux marques. Ça fait partie pour eux de leur programme marketing. On ne peut rien dévoiler pour le moment. Ce sera dévoilé dans le courant mars quand on dévoilera tout notre programme."
-. Mais … les deux marques qui manquent aujourd’hui en Endurance au Mans, ce sont Porsche et Ferrari. Tous les autres sont déjà présents !
"Ils étaient déjà présents il y a plus de 50 ans au Mans en prototypes."
-. C’est donc le retour de quelqu’un de très vieux ?
"C’est ça !"
-. Et pourquoi avoir choisi les Canaries ?
"Il y a ici une culture du sport automobile très présente, même s'ils n'ont aucun circuit. Il n'y a par contre pas de gros team présent au niveau international et on s'est dit « Il y a un marché à conquérir » et c’esr pour cela que nous sommes venus ici il y a un peu plus d'un an. On travaille en partenariat avec le gouvernement des Canaries pour promouvoir. Actuellement, ils prennent des panneaux publicitaires dans le stade de Wembley par exemple, mais ce n'est pas forcément ça qui va attirer, parce qu’on va voir un panneau à la télé avec « Visitez les Iles Canaries » que d’office les gens vont venir. On va donc travailler avec le Gouvernement sur les différents circuits et avec tout un tas d’autres partenaires en Europe afin de promouvoir les Iles Canaries au niveau touristique. Le sport automobile va permettre aux Canariens de s’ouvrir plus vers l’extérieur parce que pour l’instant ils ne voient que par Alonso. Dans chacune des manches du LMS ou lorsque l’on fait des incentives, etc., en plus de notre hospitality, on va avoir une tente avec des personnes du service promotion des Iles Canaries, ainsi que des hôtesses qui vont passer sur le circuit, promouvoir, donner des flyers. Et comme on a déjà des accords avec certains tour-opérateurs, pouvoir directement réserver des vacances sur place. De par l’attrait d’une série comme le LMS plutôt que l’attrait du GT4 qui était cette année mis avec des championnats, je ne dirais pas « inférieur », mais par exemple à Dijon avec les séries FFSA, ce qui ne suivait pas vraiment les gros meetings GT où il y a beaucoup de monde –c’est d’ailleurs pour cela que l’on s’était inscrit aux 24 Heures, pour avoir encore plus de public–, donc le LMS permet d’être en contact avec des gens qui ont certains moyens financiers, on touche des masses de gens plus importantes que si on faisait un petit championnat quelque part."
Visiblement, Cédric Laurent, beau parleur, ne se départit de rien et a réponse à tout, mais il ne fait pas forcément attention à ses réponses. Parce qu'à moins du retour de Ferrari en prototype (qui n'a nul besoin de Phoenix Corse pour cela !), de Abarth, Chaparral, Chevron, DB Panhard, Ligier, Lotus, Matra, Mirage, Osca ou Sigma (qui n'existent plus), il n'y a aucune autre possibilité en dehors d'Alfa-Roméo absent depuis sa glorieuse 33-3. Surtout que Cédric Laurent dit posséder châssis et moteur. Mais reconnaît le 15 février ne pas avoir choisi sa base technique : "Nous n'avons pas encore débuté notre installation à Ales car nous sommes pour le moment sur un autre site afin d'être au plus près de nos partenaires châssis et moteur. Notre installation sur ce site est maintenue mais prévue pour la fin de l'année."
Allez, encore quelques jours et Phoenix Racing nous indiquera qu'il rachète Ferrari et l'amène à la victoire au Mans. Le cinquantenaire d'une victoire Ferrari dans la Sarthe serait en 2015. Ça laisse cinq ans, c'est bon, non ?
Ironie du sort, sur une de ses nombreuses présences sur le web (voir ici), Cédric Laurent a retenu une phrase d'Ayrton Senna : "Au sommet, il n'y a pas de place pour deux".
Il va lui falloir faire preuve de beaucoup plus de crédibilité s'il veut avoir sa place en LMS ! Il y est en effet difficile d'y briller vu le niveau de ce championnat international et surtout le sérieux des équipes qui y sont engagées.
En conclusion, il n’y aura donc pas (malheureusement pour le spectacle) de Maserati Gran Turismo sous la bannière Phoenix Corse en GT4 2010, mais Cédric Laurent aura brillamment démontré qu’il savait utiliser l’internet pour communiquer.
Le cas est très intéressant pour tout apprenti journaliste (voir journaliste en place !) car si dès le départ, l’info avait été vérifiée, ou vérifiée avant d'être reprise, on n’aurait jamais parlé aussi longtemps de cet engagement pour le moins loufoque.