A quelques heures de la présentation officielle à Paris du championnat du Monde GT1 et la venue d’un modèle de chacune des autos engagées, nous avons voulu recueillir l’avis de quelques uns des pilotes qui ont testé la Ford GT1 Matech.
Sur le circuit Motorland en Aragon (Espagne), Matech Compétition a procédé il y a dix jours à un roulage de sa nouvelle GT1 en configuration 2010 avec six pilotes : Cyndie Allemann, Mathias Beche, Natacha Gachnang, Marc Hennerici, Jonathan Hirschi, Thomas Mutsch et Yann Zimmer. Le but de ce roulage, hormis le développement de l’auto dévolu à Thomas Mutsch, déjà titularisé, est de choisir les pilotes qui rouleront en FIA-GT1 World Championship en 2010.
Retour sur ces deux jours au volant de la Ford GT1 en compagnie de ces pilotes dont au moins deux d’entre eux auront le privilège de rouler lors de la première manche à Abu Dhabi dans moins de deux mois.
Première sur la liste alphabétique, mais pas au volant puisqu’elle a piloté la GT1 le vendredi, la Suissesse Cyndie Allemann.
Cyndie, comment avez-vous senti cette GT1 ?
« Bon, on n’a pas fait beaucoup beaucoup de tours. Ça a été assez court. J’ai été gênée parce que je ne connaissais pas la piste. Il y avait beaucoup de nouvelles choses à apprendre pour moi, entre une nouvelle voiture et une nouvelle piste en si peu de temps parce qu’il y avait pas mal de choses à faire sur la voiture pour l’homologation. Donc on n’a pas eu beaucoup de temps dans la voiture. Mais ça a été très constructif, ça nous a permis d’avoir un premier feeling. Le test s’est très bien passé, j’ai eu une bonne approche avec la voiture. J’ai gentiment élevé la vitesse pour pousser dans les derniers tours. Je suis assez satisfaite. C’est sûr, on en veut toujours plus et passer plus de temps dans la voiture, mais pour un premier contact, c’était très bien !
Avec la GT3, nous avons roulé sous la pluie (à Portimão. NDLR). Là, avec la GT1 sur le sec. Ça change tellement comme conditions ! C’est tellement différent entre une piste glissante et une piste sèche. La GT1 est beaucoup plus rapide dans les virages, elle est aussi assez lourde. Alors ça, le poids c’est une grande différence ! Dans les freinages aussi. Avec la GT3, on a l’ABS. Tandis que là, on n’a que les freins en carbone. Pour freiner et trouver la juste pression pour ne pas bloquer les roues tout en freinant la voiture suffisamment, c’était assez chaud. Il faut que je m’adapte ! »
Mathias Beche est à la fois français, par sa résidence et sa mère, et suisse, par sa licence de pilote et son père :
« J’ai eu l’occasion de rouler à Portimão avec la GT3 dans des conditions plutôt difficiles et c’était pour moi la toute première fois que je montais dans une GT, mon expérience se limitant aux monoplaces et aux prototypes. C’était donc quelque chose de nouveau. J’ai pu boucler une trentaine de tours avec cette GT3. Je me suis senti très à l’aise, c’est une voiture très facile à aborder. La puissance, même débridée et en conditions de pluie, est très facile à gérer, notamment par rapport à ce que j’ai pu connaître en Formula Le Mans. C’est une voiture très facile de prise en mains et c’était un circuit que je connaissais. Ça a donc été vite pour être dans le coup !
Ensuite j’ai eu l’occasion de faire une quinzaine de tours en Espagne à Motorland, circuit que je ne connaissais pas dans une voiture où vraiment il faut tout réapprendre par rapport à la GT3 : freins en carbone, plus d’ABS. Donc dans un environnement nouveau. En quinze tours, je peux dire que c’est une prise de contact. C’est vraiment difficile de parler de performances. Globalement, je me suis senti très bien dans les deux autos. Il me faut bien sûr plus de temps à bord de la GT1 pour pouvoir prétendre à des performances de pilote au top. Je pense que j’ai évolué durant ces quinze tours. Ce premier toucher s’est très bien passé et j’aime bien cette auto ! Le team a une attitude très conviviale mais aussi très professionnelle où tout est cadré. J’ai essayé de refléter ce dont je suis capable en terme de performances et de feed-back de la voiture.
J’ai un programme engagé début 2009 avec Hope Pole Vision Racing où j’ai terminé vice champion en Formula Le Mans avec ce team suisse qui débutait. Je poursuis dans cette voie pour développer à terme une LMP1 hybride avec eux. Le calendrier GT1 est compatible avec celui des LMS et j’aimerai y être. Quoique je reconnaisse qu’en GT1, il y a pour moi une marche parce que c’est du lourd ! »
Natacha Gachnang est déjà assurée de rouler aux 24 Heures du Mans 2010, mais une place en GT1 ne serait pas non plus pour lui déplaire :
« La GT1, c’est une bonne expérience pour moi. C’est sûr que c’est une voiture très différente de ce que j’ai l’habitude de conduire. Il m’a fallu un peu m’adapter et apprendre le circuit. Cela fait deux choses à la fois. Ça a été un petit peu difficile, nous n’avons pas eu beaucoup de tours de roulage parce qu’il fallait encore régler la voiture pour cette saison 2010 et adapter deux ou trois petites choses.
Les différences entre les deux autos sont assez minimes. La GT1 tient mieux la route, elle a plus de grip, mais elle est un petit peu plus lourde que la GT3. Le confort est bon au niveau du pilotage. Les freins sont un peu plus difficiles, mais les freins carbone freinent plutôt bien. Il faut s’habituer au poids de la voiture sur les freinages. C’est là où j’ai eu le plus de difficultés à m’adapter. Ça viendra au fur et à mesure !
J’aurai bien sûr aimer faire quelques tours en plus pour me sentir plus à l’aise. Mais comme il reste du travail de développement, on est un peu dans le rush. Je suis cependant super contente, et comme je l’ai déjà dit, le team est vraiment professionnel. Ça fait vraiment plaisir de travailler avec des gens comme ça ! »
Jonathan Hirschi, pour sa part, avait un avantage sur les autres pilotes : il ne découvrait pas le circuit. L’an passé, il roulait en Renault Megane Trophy et la finale s’est déroulée à Motorland :
« A Portimão, je n’ai pas roulé avec la GT3 parce que je n’étais pas prévu, et j’ai découvert la GT1 à Motorland. Mais j’avais roulé l’année passée avec l’ancienne GT1. Le châssis est pareil, mais tout a été modifié : le moteur n’a pas vraiment plus de chevaux mais beaucoup plus de couple ce qui change totalement la voiture et la boîte est totalement différente, avec l’étagement et la vitesse de passage des rapports qui est beaucoup plus rapide. Au niveau des trains roulants et suspension, là aussi, il y a eu un gros travail d’accompli. Dans le rapide, c’est plus ou moins pareil. On n’a pas gagné beaucoup beaucoup, mais dans le lent, il y a beaucoup plus de grip mécanique.
J’ai roulé la première journée avec Thomas Mutsch, Yann Zimmer et Marc Hennerici. Thomas a roulé le matin pour tester la voiture et pour voir si tout fonctionnait. Puis on a fait chacun une série le matin puis une longue série l’après-midi. Je m’en suis bien sorti et j’ai fait le meilleur temps. Sauf quand Thomas Mutsch a mis des pneus neufs en fin d’après midi et a fait un petit peu mieux que moi !
Mon but cette année est de faire du GT1 en championnat du monde. C’est vraiment mon objectif principal. J’ai été retenu pour rouler lors des tests au Paul Ricard.
Comparé à tout ce que j’ai connu, Matech est une très très grosse structure, un team très professionnel avec beaucoup de monde. J’ai visité les locaux à Mayenz en Allemagne, à 15 km du circuit du Nürburgring. C’est vraiment énorme, les moyens sont énormes ! Ce n’est pas seulement de la maintenance de voitures : ils créent des voitures. J’espère être retenu pour la suite de la saison. J’aimerai aussi pouvoir faire les 24 Heures du Mans cette année. Je suis en discussion du côté des LMP2 avec éventuellement la course de Spa en préparation. Mais mon objectif numéro un reste le GT1 ! »
Matech Compétition pourrait dévoiler la composition définitive de ses équipages le 1er mars à Paris. Nous saurons donc très prochainement qui sera titularisé aux côtés de Thomas Mutsch.